Archives du mot-clé Théâtre Jean Vilar

« Et je leur dirais quoi ? » Ceci n’est pas une critique.

nourdinedidier

Il y a quelques mois, en mars, je suis allée voir une pièce. Ça faisait longtemps, bien trop longtemps. Ça s’appelle « et je leur dirais quoi ? ». C’était la dernière, enfin avant un moment.
Un texte d’un jeune homme (enfin jeune comme moi), Nourdine Bara, servi par la gouaille juste et grave de Didier Lagana.
Le cadre : un bar, un homme y entre, il sort du théâtre, il est auteur, et il râle. Il râle parce qu’ « on » lui demande de faire plus de dialogue.
Et il explique, il explique au barman, il explique à tout le monde, il s’explique, tout court. Un monologue d’un peu plus d’une heure avec un thème unique finalement : les mots.
Les mots et leur souffle d’abord, ces mouvements d’air, ces ambiances qu’on ressent plus qu’on ne les entend pour exprimer des choses futiles ou importantes.
Ces mots qui ne viennent pas, ou peut être qui viennent trop tard, vingt secondes dans le texte, vingt heures ou vingt jours parfois dans la vie, qui finissent par sortir, tard le soir, au moment ou tu penses que tu vas réussir à dormir. Ces mots qu’on aurait aimé dire pour frapper souvent mais qui arrivent tellement hors contexte qu’on finit par les taire, parce que sinon c’est la victime qui devient l’agresseur. Je me dis parfois que c’est pour ça qu’on écrit : écrire c’est être maitre du temps sur les mots… On n’est jamais en retard sur ce qu’on écrit… On s’en fout d’ailleurs : si les mots nous viennent après coup, il suffit de remonter un peu, de tourner quelques pages pour les placer exactement à l’endroit ou ils doivent être, pour supprimer celui qui n’aurait jamais du y être ou déplacer la virgule.
Ces mots qui mentent, qui n’ont pas, selon le contexte et la mélodie, la même couleur, la même odeur… Ces mots qui ne sentent pas bon du tout, comme « identité nationale ».
Ces mots qui sont tous de la même langue mais qui ne font pas parti du même langage, lorsqu’on discute et qu’on finit par polémiquer, pour savoir qui a raison, avec nos lâchetés ou notre refus de lâcher. C’est dur à faire passer, dans un dialogue, à l’écrit ou sur une scène, cette incompréhension, ces arguments qui buttent et qui se mordent la queue après s’être mordus entre eux.
Ces mots qui ne peuvent pas venir, comme ça, sous cette forme qu’ « on » demande, ce dialogue, parce que l’auteur ne veut pas les faire mentir, qu’il ne veut pas les forcer, parce que comme il dit, « je les aime, moi, les mots ». Elle est belle, cette phrase. « Je les aime, moi, les mots ». Parfois, je me dis que notre identité se voit bien mieux dans nos mots que dans tout autre chose…
Il y avait cette autre phrase aussi, « j’aurais voulu être avocat ». Il est devenu auteur. Mais auteur et avocat souvent, c’est un peu la même chose. C’est tourner les mots dans tous les sens pour leur en trouver un, de sens. Sauf que l’auteur, il fait ça avec ses mots à lui…

Non. Ceci n’est pas une critique, on ne peut même pas parler d’un avis. C’est plutôt un merci, merci à tous les deux pour tous ces mots dits ce soir là, et qui ont rempli le vide que je sens parfois, quand je suis toute seule en face de mes mots, à moi.

Cette pièce, ils la jouent à nouveau, le 19 janvier dans l’après-midi, les 20 et 26 janvier en soirée. En 2016 évidemment. Vous n’avez rien de mieux à faire que d’aller les voir, les entendre, croyez-moi… Moi j’y retourne.

Pour les horaires, réserver, tout ça, c’est par là:

http://theatrejeanvilar.montpellier.fr/agenda/et-je-leur-dirais-quoi

Et pour le site de l’auteur de l’auteur, par là:

http://www.nourdine-bara.c.la