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Lettre d’une Y à la génération Z

Il y a quelques jours, c’était mon anniversaire.
Il y a quelques jours, cela a fait trois ans que j’ai perdu une amie.

C’est drôle parce que ces derniers temps, on a beaucoup parlé de toi, petite sœur qu’on appelle Z. Je dis petite sœur parce qu’à ce qu’il parait tu serais une fille.
C’est drôle parce qu’on nous dit qu’il y a une génération d’écart entre toi et moi. Maintenant les générations sont séparées de 10 ans. Les premiers Y ont 35 ans, les premiers Z 25…
On nous dit que c’est toi qui va tout changer parce que tu n’as rien à perdre. Mais attention, tout en n’étant pas du tout révoltée. Sage comme une image, la petite Z.
Douée pour tout quand le grand Y n’est doué pour rien d’autre que la consommation et le dieu pognon. De toute façon le grand Y, on s’en fout parce que le vieux X l’a dit avant même qu’il ne soit né : il ne vaut rien.

Ha oui parce que j’oubliais de te dire : tu es Z et moi je suis Y juste parce que le vieux X l’ a décidé comme ça. Il est sympa le vieux : il a foutu la planète en l’air, il a perdu sa vie à vouloir la gagner, décrété que ceux qui viendraient après seraient (forcément) pires que lui. Et puis quand ceux là sont devenus assez grands pour lui botter son gros cul, il s’est dit que ce serait bien si les générations pouvaient aller plus vite. Comme ça on dirait que les Y, on les éliminerait, puis que toi, tu arriverais… Z comme Zorro… Petite poucette… Toute petite alors, aussi.
Ultra connectée, ultra branchée, évolutionnaire à défaut d’être révolutionnaire, n’a connu que des crises. Tellement mieux.
Ouais.
Je ne sais pas toi mais des fois, j’ai l’impression que les générations c’est un peu comme les horoscopes. C’est juste un carcan qui permet de mettre les gens dans des cases histoire de mieux diviser, mais ça ne repose sur rien.
Parce que ce qui est sur, c’est que nos années, à toi et à moi, seront un carrefour. Un vrai carrefour, petite sœur, avec de vrais choix à faire pour nous, et pour ceux qui viendront après nous. Ton temps, le mien, l’anthropocène qu’ils l’appellent, c’est ce moment ou l’humain a commencé à abimer sa maison. Ça a débuté en 1950, comme le vieux X d’ailleurs.
Je crois que le vieux, il a un peu les boules, en fait. Il est né un peu trop tôt, et son monde éternel et parfait, ce « toujours plus », la croissance et le progrès encore, aura moins duré que le temps de sa vie. Son vieux monde est en train de mourir, et des fois, j’ai l’impression qu’il aimerait bien qu’on meurt tous avec.

Il nous dit qu’il nous plaint. En fait, il nous envie.
Je dis nous, parce que t’es pas toute seule, petite sœur, à vouloir faire un autre monde. Regarde mieux, je suis avec toi…
Il est nécessaire, notre autre monde. D’abord parce qu’on est plus un pays, ni même un continent, tous les deux, on est une planète. Avec ses déserts et ses forêts, ses glaciers et sa banquises, ses falaises, ses champs et ses villes tentaculaires, ses hameaux minuscules. Une planète fragile qu’on va devoir réparer, malade de ne pas être entendue quand elle pleure.
On est plus « caucasiens », « africains », « asiatiques »…, on est l’humain.
On peut tout visiter sans bouger et décider de partir à l’autre bout du monde pour le voir pour de vrai, comme ça, en claquant des doigts.

On n’a pas le choix, petite sœur. On est devenu tellement proche les uns des autres, quel que soit l’endroit ou on se trouve, qu’il va nous falloir apprendre à vivre ensemble. Ensemble dans un monde nouveau .

Ce monde, il faudra qu’il soit plus féminin, d’abord. Dans son essence et dans sa forme. Pas seulement que les femmes y aient vraiment leurs places, non, pas juste ça. Il faudra qu’il soit plus altruiste qu’égoïste, plus équitable que compétitif, plus coopératif qu’autoritaire, plus enveloppant que clivant. Pas que les femmes soient toutes comme ça, ni que tous les hommes ne le soient pas, mais ce sont des qualités qu’on prête au genre féminin.
A ce qu’il parait, les garçons de ta génération, Z, deviennent de plus en plus comme ça. Plus que leurs pères en tout cas. Ils me plaisent beaucoup tes garçons, petite sœur. Je suis sur qu’ils sauront être de vrais papas. Cela dit, les miens aussi commencent à savoir l’être.
Il faudra ensuite, et surtout, qu’il soit viable, notre monde. Qu’on recycle les produits et les matériaux et qu’on arrête de recycler les idées. Qu’on arrête de considérer l’argent et le travail comme des valeurs. Qu’on réinvente le travail, qu’on réinvente la politique et la cité.
Désolée, mon vieux X, la thune et le taf, ce sont des moyens de subsistance. Pas des buts dans la vie. Et question productivité, il y a bien longtemps que notre souci, à nous, Y & Z, et certains de ceux qui sont venus avant nous, c’est d’arrêter de gaspiller. Pas de croitre.
Je sais, petite sœur, je sais. On va sabrer des valeurs qui font le monde d’aujourd’hui. C’est pour mieux construire le monde de demain.

Au fait, je t’ai parlé de mon amie, celle que j’ai perdue, il y a trois ans, le 8 mars, non? C’est parce qu’elle me fait penser à toi : curieuse, pionnière, volontaire, débrouillarde, créative, libre. Certainement la personne la plus moderne que j’ai eue l’occasion de rencontrer.
Elle est née le 1er janvier 1918.
Tu vois petite sœur, les générations, ça ne veut vraiment rien dire.